Amarillo Slim : Légende du Poker et Parieur sur Propositions
Dans le panthéon des joueurs qui ont façonné l’histoire du poker américain, Amarillo Slim occupe une place à part. Né Thomas Austin Preston Jr. le 31 décembre 1928 à Johnson, Arkansas, mort le 29 avril 2012 à Amarillo, Texas, à l’âge de 83 ans, il est l’archétype du gambler sudiste : grand, sec, chapeau de cowboy, verbe haut et sourire en coin. Champion du Main Event des World Series of Poker en 1972, membre du Poker Hall of Fame depuis 1992, il est surtout célèbre pour ses paris sur propositions farfelus et spectaculaires, qu’il remportait presque toujours grâce à une préparation méticuleuse cachée derrière une apparence de bonne fortune. Son portrait fait partie de notre collection des légendes du gambling.
Du billard aux arrière-salles du Texas : les années de formation
Avant de poser les pieds autour d’une table de poker, Thomas Preston commence sa carrière comme hustler de billard professionnel dans les années 1950. Il quitte le lycée d’Amarillo pour rejoindre la marine américaine, puis revient en civil avec un talent particulier pour trouver des adversaires disposés à parier sur eux-mêmes sans mesurer à qui ils avaient affaire.
Son ascension prend une nouvelle dimension lorsqu’il rencontre Doyle Brunson et Brian « Sailor » Roberts. Les trois hommes forment un partenariat de gamblers itinérants, sillonnant le Texas, l’Oklahoma et la Louisiane à la recherche de parties clandestines. Leur méthode est rodée : ils sondent les tables locales, évaluent le niveau des adversaires, et font rouler leur mise commune selon les opportunités. Cette école de la rue, sans filet, forge le caractère d’Amarillo Slim et lui donne un sens aigu de la gestion du risque.
En 1967, le trio participe à l’introduction du Texas Hold’em dans les casinos de Las Vegas, contribuant à populariser la variante qui deviendra le format dominant du poker mondial. Ils perdront ensuite la quasi-totalité de leur capital commun à Vegas, avant de repartir séparément. Slim, lui, reste et construit sa réputation dans la capitale du jeu.
Le titre WSOP 1972 et la popularisation du poker américain
En 1972, les World Series of Poker n’ont que deux ans d’existence. Le tournoi principal regroupe seulement 8 joueurs pour un buy-in de 10 000 dollars. Amarillo Slim remporte le Main Event, empochant 60 000 dollars et le titre de champion du monde de poker.
Ce qui distingue Slim de ses contemporains, c’est ce qu’il fait ensuite de cette victoire. Là où d’autres auraient simplement encaissé, lui comprend immédiatement la valeur médiatique du titre. Il multiplie les passages sur les plateaux de télévision américains, notamment au Tonight Show de Johnny Carson et à Good Morning America. Il y arrive en costume de cowboy, parle avec l’accent texan, raconte des anecdotes de jeu avec un sens du spectacle irréprochable.
Comme le résumera plus tard Crandall Addington, figure de l’époque : « Slim est l’homme qui a permis au poker de grandir et aux gens de comprendre que le jeu n’était pas un repaire de gangsters. » Cette phrase dit tout. Avant Slim, le poker était perçu comme un jeu d’escrocs. Après ses apparitions télévisées, il devenait un sport d’intelligence accessible au grand public.
Il remportera trois autres bracelets WSOP au cours de sa carrière, en 1974 en No Limit Hold’em (11 100 dollars), en 1985 en Pot Limit Omaha (85 000 dollars) et en 1990 en Pot Limit Omaha (142 000 dollars). En 1979, il fonde l’Amarillo Slim’s Super Bowl of Poker, un tournoi annuel qui fonctionnera jusqu’en 1991 et s’imposera comme le second événement majeur du calendrier poker américain, juste derrière la WSOP. Ses gains totaux en tournoi dépasseront les 587 000 dollars sur l’ensemble de sa carrière.
Ses paris sur propositions : l’art de paraître imprudent
Le vrai génie d’Amarillo Slim ne s’exprime pas seulement autour d’une table de poker. Il se révèle dans ses paris sur propositions, appelés prop bets dans le jargon américain. Ces défis en apparence absurdes cachent toujours une préparation secrète de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Slim construisait l’illusion de l’improvisation avec une rigueur d’artisan.
Son exploit le plus souvent cité reste son duel contre Bobby Riggs, champion de Wimbledon, au ping-pong. Slim propose de le battre en choisissant lui-même les raquettes. Il arrive le jour du match avec deux poêles à frire qu’il avait pratiquées en secret pendant des semaines. Riggs, surpris, perd la rencontre. Slim rejoue le même tour contre un champion taïwanais de tennis de table, cette fois avec des bouteilles de Coca-Cola en guise de raquettes.
Au billard, il défie le légendaire Rudolf « Minnesota Fats » Wanderone : il parie qu’il peut rentrer 4 billes avec un manche à balai plus vite que son adversaire n’en rentre 8 avec une queue normale. Wanderone accepte sans savoir que Slim s’était entraîné des mois avec ce manche à balai. Il remporte le pari.
Au golf, il affronte le cascadeur Evel Knievel en imposant une règle simple : les clubs seront remplacés par des marteaux. Là encore, Slim avait travaillé le geste en amont. Il bat Knievel sans difficulté. Enfin, l’un de ses paris les plus spectaculaires reste sa victoire contre le chanteur de country Willie Nelson aux dominos, pour une somme rapportée à 300 000 dollars. La logique est toujours la même : Slim choisit le terrain, maîtrise la variable, et laisse l’adversaire croire à la chance.
Héritage et controverses : une réputation en deux temps
L’héritage d’Amarillo Slim s’est construit sur deux décennies de médiatisation, puis s’est partiellement effondré sous le poids des controverses personnelles. En 2003, il est inculpé pour agression sur une mineure de 12 ans, sa propre petite-fille. Les charges sont finalement réduites à un délit d’agression simple via un accord judiciaire. En février 2004, Slim plaide « no contest » et écope d’une amende de 4 000 dollars, de deux ans de mise à l’épreuve et d’un suivi obligatoire. Il maintiendra son innocence jusqu’à la fin de sa vie.
Cette affaire ternit définitivement son image dans le milieu du poker, même si certains proches, dont Doyle Brunson, lui maintiennent leur soutien. Les années suivantes sont aussi marquées par plusieurs incidents violents : tentative de vol à main armée en 2006, cambriolage à son domicile en 2007, agression brutale en janvier 2009 lors d’un recouvrement de dette de jeu. Sa fin de vie est loin du glamour des plateaux télévisés des années 1970.
Il publie en 2003 son autobiographie, « Amarillo Slim in a World Full of Fat People », traduite en français sous le titre « Amarillo Slim : ma vie est un pari ». L’ouvrage, vivant et truculent, raconte ses années de road gambler, ses rencontres avec les présidents Lyndon B. Johnson et Richard Nixon autour d’une table de cartes, et ses innombrables aventures de parieur. La culture populaire lui rend hommage via une chanson du groupe breton Merzhin sur l’album « Plus loin vers l’ouest » en 2010.
Ce que l’on retient d’Amarillo Slim
Amarillo Slim incarne une figure qui n’existe plus vraiment dans le poker contemporain : celle du gambler de terrain, qui ne vit pas seulement de ses cartes mais de sa capacité à créer une situation, à manipuler la perception de ses adversaires et à transformer n’importe quel défi en avantage.
Dans un poker moderne dominé par les algorithmes, les solveurs et les formations en ligne, son approche semble venue d’un autre siècle. Et c’est exactement ce qui la rend fascinante. Slim ne misait jamais au hasard. Il préparait, observait, attendait, puis frappait lorsque l’illusion était parfaite.
Sa trajectoire parallèle à celle d’Stu Ungar illustre deux visions opposées du talent : là où Ungar était un génie pur des cartes, autodétruit par ses excès, Slim était un stratège calculateur, dont la chute tient moins au jeu qu’à ses décisions personnelles. Les deux appartiennent cependant à la même histoire : celle des hommes qui ont construit le poker américain à la force de leurs décisions, dans des salles où l’erreur se payait cash.
- Champion du monde WSOP en 1972, parmi les tout premiers
- 4 bracelets WSOP au total sur une carrière de plus de 35 ans
- Poker Hall of Fame depuis 1992
- Fondateur de l’Amarillo Slim’s Super Bowl of Poker (1979-1991)
- Ambassadeur involontaire du poker auprès du grand public américain via la télévision
Son nom reste associé à une époque où le poker se gagnait autant avec les nerfs qu’avec les cartes. Pour les amateurs de jeu et d’histoire du gambling, Amarillo Slim est une référence incontournable.
⚠️ Contenu informatif. Les paris comportent un risque de perte, jouez responsable. 18+.
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