Gianni Infantino veut vendre des parts de la Coupe du Monde à des investisseurs privés. Face au projet dévoilé le 28 juillet, un front de résistance s’est formé en quelques heures, mais les armes pour l’arrêter sont-elles vraiment solides ?
Le projet d’Infantino en clair: de quoi parle-t-on exactement?
Le 28 juillet, la Fifa a dévoilé un plan qui fait trembler les fédérations du monde entier. Gianni Infantino veut créer une filiale commerciale de l’instance, une entité distincte chargée de gérer les droits commerciaux et l’organisation opérationnelle des grands tournois, Coupe du Monde en tête. Le capital de cette filiale serait ouvert à des investisseurs privés.
Concrètement, des fonds ou des entreprises extérieures au football pourraient détenir une part de la machine économique qui tourne autour du Mondial. Pas du tournoi lui-même au sens sportif, mais de tout ce qui génère de l’argent autour.
136 fédérations contre, et alors?
La réaction a été immédiate. L’UEFA, la Concacaf et l’AFC se sont déclarées opposées au projet dans les heures qui ont suivi. Ces trois confédérations représentent à elles seules 136 des 211 membres de la Fifa.
En théorie, une majorité suffisante pour bloquer.
Mais il y a un mais, et il est de taille. Si le projet ne modifie pas les statuts de la Fifa, Infantino n’est pas légalement tenu d’organiser un vote. Il a choisi de consulter ses 211 associations d’ici le 19 septembre et promis de ne pas aller de l’avant sans majorité favorable.
Une promesse politique, pas une obligation juridique.
Maître Bennacer: « Une forme de prudence de la Fifa »
Alban Bennacer, avocat spécialisé en droit du sport au barreau de Paris, résume bien l’ambiguïté: on voit qu’il y a « une forme de prudence de la Fifa ». La consultation volontaire que s’impose Infantino n’est pas une concession forcée, c’est une manoeuvre qui lui permet de légitimer la suite, quelle qu’elle soit.
Si les statuts ne sont pas touchés, la règle des trois-quarts des membres présents lors d’un congrès pour bloquer une modification ne s’applique pas. Le terrain juridique est donc moins dégagé qu’il n’y paraît pour les opposants.
Le recours juridique: une arme réelle mais lente
Les fédérations opposées ont évoqué des recours juridiques. En droit du sport, la voie contentieuse passe généralement par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne. Mais une procédure prend du temps, parfois des années, et Infantino le sait.
Pour qu’un recours soit efficace, il faudrait démontrer que le projet viole les statuts de la Fifa ou le droit suisse, puisque l’instance est domiciliée à Zurich. Rien n’est impossible, mais rien n’est simple non plus dans ce type de contentieux international.
Le boycott: la menace la plus concrète à court terme
C’est probablement l’arme la plus lourde que les fédérations européennes et asiatiques pourraient brandir. Un boycott de la Coupe du Monde 2030 ou des éditions suivantes par les équipes européennes, qui restent les principales locomotives commerciales du tournoi, viderait le projet de sa valeur marchande.
Pas de grandes nations européennes, pas d’attractivité pour les investisseurs privés. La menace est crédible, mais elle exige une coordination parfaite entre des fédérations qui ont souvent leurs propres intérêts à défendre.
Pourquoi Infantino est quand même en position de force
Il contrôle le calendrier. La consultation court jusqu’au 19 septembre, ce qui lui laisse deux mois pour travailler les fédérations africaines et sud-américaines, traditionnellement plus réceptives à ses arguments de redistribution des revenus. La CAF (Afrique, 54 membres) et la Conmebol (Amérique du Sud, 10 membres) n’ont pas encore pris position clairement.
Si Infantino convainc une partie significative des 75 membres africains et sud-américains, la majorité bascule. Le vote du 19 septembre devient alors une validation, pas un obstacle.
Les fédérations africaines peuvent-elles vraiment faire basculer le vote?
Mathématiquement oui: la CAF représente 54 membres. Si elle vote majoritairement pour le projet, combinée aux fédérations d’Océanie et de quelques confédérations asiatiques favorables, la majorité des 211 est atteignable malgré l’opposition UEFA-Concacaf-AFC.
Un recours juridique peut-il aller vite assez pour bloquer le projet avant septembre?
Très peu probable. Les procédures devant le TAS durent en général plusieurs mois. Un blocage judiciaire d’urgence (mesure provisoire) est théoriquement possible mais rarement accordé dans ce type de litige institutionnel complexe.
Ce qu’il faut retenir
Le front contre le projet d’Infantino est large, mais pas forcément décisif. L’opposition de 136 membres pèse lourd symboliquement, mais la Fifa n’est juridiquement pas contrainte d’organiser un vote si les statuts ne changent pas. Les recours seront lents, le boycott demande une unité que l’histoire du football n’a pas souvent vue.
Les deux mois qui viennent, jusqu’au 19 septembre, vont tout dire sur la réelle capacité des fédérations à résister. Pour les analyses, les coulisses du foot mondial et les pronos, rejoins le Discord et les membres Gold.
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